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Peut-être vous souvenez-vous de ma peur de devenir folle en posant les pieds sur le sol indien ? Et si finalement la folie guettait les voyageurs au retour, à Roissy-Charles de Gaulle ? Avez-vous déjà entendu parler du choc culturel parisien ? Pourquoi nombre de voyageurs découvrant l’Inde ne rêvent-ils que d’y retourner ?
Tranquillement, je reprends contact avec notre réalité occidentale que j’avais délibérément occultée pour mieux me confondre dans la culture indienne. J’ai bien évidemment eu une pensée pour les touristes étrangers débarquant à la Gare du Nord de Roissy via le RER B, mardi soir… Welcome in France ! Et que penser du débat nauséeux sur l’identité nationale et des idées lepénistes banalisées ? Que s’est-il passé ces 3 derniers mois pour que voter Bayrou devienne une alternative crédible !? Plus que deux millions de chômeurs !? Evidemment ! Je fais une pause dans ma recherche d’emploi et les recrutements explosent ! Que ne fait-on pas dire aux chiffres pour s’assurer une victoire présidentielle… Je peine cependant à culpabiliser d’avoir fui le chômage dans ma quête de perdre certains travers de mon éducation judéo-chrétienne. Ma première impression à Paris ? Le manque de couleur. Nous sommes tous habillés en noir. Où sont passés les saris chatoyants des indiennes ? Et ces mines grises… ces teints brouillés… ces yeux ternes… ces cernes barrant des visages fermés…ces sourires inexistants ou timides… ces tristes conversations saisies ici et là…comme autant de signes qui me confortent dans ma décision d’avoir fui cet hiver 2006/2007… En outre, j’ai mis plusieurs jours avant de réécouter la radio ou allumer la télé (et encore que pour regarder des films…) de crainte de perdre ma capacité d’émerveillement, de retrouver une morosité latente. J’ai l’impression d’être en convalescence… Je ne me brusque pas. Je veux ni me salir ni me compromettre en réintégrant la vie française. Plus que jamais je vois Paris comme une jungle urbaine. Je veux me recentrer sur ce que j’appelle dorénavant les essentiels : l’amour, l’amitié, l' hygiène de vie et la mise en place d’un environnement apaisant. Et surtout, j’aborde toutes les personnes qui pourraient être indiennes… Ah non, vous êtes malgache… Hum… Sri-lankais… Me reste alors plus qu’à errer au passage Brady !
En Inde, j’ai « régressé ». J’étais comme une enfant extatique aux sens décuplés. Je redécouvrais tout sous de nouveaux angles jusqu’aux relations humaines même si les indiens sont loin d’être des exemples de civilité… Leur façon d’appréhender les (non)événements et de flotter au-dessus des déchets, de la mort et de la misère me permettait de réaliser que mes préoccupations consuméristes prenaient beaucoup trop d’importance dans ma vie en France. Evidemment, il était aisé de penser que le matériel compterait dorénavant moins alors que mon pouvoir d’achat me permettait de presque tout m’offrir ou tout du moins de me sortir de n’importe quelle situation délicate grâce à un backshish. A croire que l’argent rend heureux…
Voyager en Inde est comme défier le temps. Goa, Pushkar, Dharamsala… sont devenues des failles spatio-temporelles pour les occidentaux, même pour ceux qui n’usent pas de drogues… Nous recréons des microsociétés dans des lieux naturels paradisiaques et mixons, avec jouissance, des morceaux de culture indienne à notre culture occidentale. Libérés de toutes contraintes matérielles, nous nous plaisons alors à imaginer que tout est possible…
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